Popper 1976

Karl POPPER 

La quête inachevée — (1976)

Chap. 37. Le darwinisme comme programme de recherche métaphysique. Notes de FK

            La croissance de la connaissance se fait par essais et élimination de l’erreur, c’est-à-dire par sélection darwinienne plutôt que par instruction lamarckienne.

            Le darwinisme est une théorie métaphysique car on ne peut la tester. Tout au plus, elle prédit une grande variété de formes de vie et prédit que leur évolution est graduelle. Sur d’autres sujets, son pouvoir de prédiction et d’explication est encore plus décevant : l’adapatation par ex. Dire qu’une espèce vivante est adaptée est presque tautologique.

            Bien que métaphysique, elle éclaire énormément des recherches très concrètes. Elle suggère l’existence d’un mécanisme d’adaptation et permet de l’étudier en grand détail.

            Popper suggère un enrichissement du darwinisme pour expliquer l’orthogenèse, c’est-à-dire des séquences de changement évolutif allant dans la même direction.  Il propose aussi que la valeur de survie et la téléologie ressortissent de la résolution de problèmes. La plupart des problèmes ne sont pas posés par la survie, mais par les préférences, en particulier instinctives. Il y a une pression sélective interne (venant des préférences de l’organisme) en plus de l’externe (venant de l’environnement). 

            Il note que la pression sélective interne peut mener à une mauvaise adaptation à l’environnement (ex. la queue du paon), d’où la théorie de Darwin sur la « sélection sexuelle ». Il l’explique par la pression sélective interne et la rétroaction du changement anatomique sur un changement des préférences. A noter que Dawkins s’en sort mieux en prenant le point de vue du gène (égoïste).

            Popper soutient une théorie de l’irréductibilité et de l’émergence :

– tout processus biologique est relié dans le détail à un processus physique, ou est analysable en termes physico-chimiques. Mais aucune théorie physico-chimique ne peut expliquer l’émergence d’un  nouveau problème. Aucun processus physico-chimique ne peut en tant que tel résoudre un problème.

– les problèmes des organismes ne sont pas physiques, ni loi, ni chose, ni fait. Ce sont des réalités biologiques, au sens où leur existence peut causer des effets biologiques.

– si un corps physique pouvait se reproduire (cristal), il n’en serait pas plus vivant car il lui manquerait la variabilité adaptative.

« La vie consiste en structures physiques qui tentent de résoudre des problèmes. Les espèces l’ont appris par reproduction et variation qui elle-même a été apprise par la même méthode.« 

            Le dernier point ci-dessus est important : Le niveau de variabilité lui-même est le fruit d’une adaptation.

            A première vue le darwinisme n’attribue aucun effet d’évolution aux innovations du comportement faites par un organisme individuel. Pourtant toute innovation de comportement (préférences, désirs, choix) change la relation entre l’organisme et son environnement, créant de facto une nouvelle niche écologique. D’où l’apparition d’un nouvel ensemble de pressions sélectives pour la niche. Ainsi l’organisme, par ses actions et préférences, sélectionne en partie les pressions sélectives qui agiront sur lui et ses descendants. Il peut donc fortement influencer la trajectoire qu’adoptera l’évolution.